Article journal la Côte (mai 2003)

Article du 28 août 2013, publié par le journal La Côte à l’occasion en Mai 2003.

 

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Les meubles peints ont mené Claude Uhlmann aux poyas.

Installée dans « sa petite maison sur la montagne » d’Arzier depuis dix ans, autrefois citadine, Claude Uhlmann Cottet s’est entichée de poyas jusqu’à les peindre.

Quand elle n’est pas dans son garage à décorer des armoires anciennes, Claude la blonde sillonne la campagne à l’affût des troupeaux. « Le weed-end avec mon mari, je suis par monts et par vaux pour mes montées à l’alpage, il me faut observer en détail le mouvement des bêtes ».

Mais c’est par le mobilier (coffres, armoires, buffets) que la carrière de cette praticienne de la culture paysanne a débuté, volet de son activité d’ailleurs auquel elle reste fidèle.

« Chez les antiquaires, je cherche des pièces dignes de restauration, telle cette armoire bernoise en sapin (bois le plus couramment utilisé dans les intérieurs campagnards) arborant l’inscription – que j’ai déchiffrée et complétée – « Ines Schubelin Anno 1850 ». Nettoyer, décaper, ça lui plaisait. Maintenant, c’est son époux, devenu son collaborateur à temps plein qui s’en charge. L’atelier est gaiement encombré de planches d’exercice. « Les dessins géométriques se réalisent au chablon ». Différents styles se distinguent. « J’ai retrouvé des ouvrages sur les meubles peints ». Elle parle de l’année 1999 où sa décision fut prise, d’abandonner son poste à mi-temps et de se lancer. Des circonstances favorables lui disaient : c’est le moment ou jamais. Genevoise et Bernoise d’origine, Claude a aussi habité Carouge. Sa vocation, il faut la chercher dans l’enfance, où elle ébauchait des fresques évoquant des scènes de contes.

Des genres et des couleurs, il y en a dans toutes les pièces du logis, à commencer par l’entrée. « Dans le style autrichien, schématique et fort, Jurg P. s’illustre avec un déploiement de bouquet presque trop généreux. Pour sa part, le bleu gris, plutôt calme domine dans la manière suisse du Toggenbourg ». Claude a voyagé dans ces régions où des gens lui ont montré leurs trésors. Elle entretient aussi des contacts dans le Jura avec des possesseurs de meubles encore bruts, désirant les faire peindre. Certains ont des formes étonnantes, telle cette pharmacie d’angle posée chez elle. Dans sa chambre à coucher, les scènes familiales reproduisent des faits touchant sa vie personnelle : son ancien chalet, la petite chienne grise, ….

L’artiste se perfectionne, et c’est l’un de ses formateurs, Enrique Andrès, un professionnel de la restauration de peinture à Château d’Oex qui l’a guidée vers un nouveau débouché : les poyas, reproduites sur des morceaux de bois récupérés. « Pour faire ça, il faut aimer la nature » déclare-t-elle. Ainsi, cette passion l’a conduite à fréquenter les vallons de Gstaad ou de Charmey, des climats différents. Elle en rapporte des photos, se permet de composer des paysages imaginaires, mais à l’ambiance authentique. « On m’a recommandé le Château de Rougemont : qu’on reconnaisse l’édifice est la seule condition ! »

Quant à « poya », le mot signifie montée en patois fribourgeois, d’où l’extension du sens à « montée à l’alpage ». Sylvestre Pidoux (1800-1871), exposé au Musée guérien de Bulle, fut le premier à en peindre. Respectueuse des traditions, Claude se fait un point d’honneur de recourir, pour ses oeuvres, à des pigments, poudres minérales ou végétales, identiques à celles du passé : elles contribuent à une démarche véridique.

Claude partage tout avec son mari, Maurice Cottet, son coach, sans qui elle n’aurait rien pu faire, dit-elle. Ensemble encore, ils jardinent, partent aux champignons et font les musées.

 

Marie-Jo Fournier / Magazine La Côte Suisse

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